La génétique du jazz sous les micros : des choix d’interprétation aux logiques d’improvisation

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Dans un précédent article (Canonne & Guerpin, 2019) revenant sur la session d’enregistrement du Giant Steps de John Coltrane, nous avons mis en évidence les processus de cristallisation et d'optimisation qui ont pu sous-tendre la construction de son solo improvisé. Toutefois, notre étude présentait deux limites importantes qui limitait la possibilité de généraliser ses résultats : d’une part, elle se focalisait sur un morceau présentant un très fort degré de contrainte harmonique, ayant ainsi pu conduire à surestimer artificiellement le rôle de ces logiques de cristallisation et/ou d’optimisation ; d’autre part, elle faisait débuter le processus d’analyse génétique avec les premières tentatives d’enregistrement du morceau, passant ainsi sous silence tout ce qui peut se jouer en amont de l’enregistrement. Afin de tester le caractère généralisable de nos premiers résultats, nous avons donc demandé à deux pianistes de jazz reconnus par leurs pairs de venir tour à tour en studio pour enregistrer une composition (She Insists d’Herbie Nichols) présentant le double intérêt de mobiliser le langage harmonique de la « pratique commune » – et donc de ne pas contraindre outre mesure l’improvisation des musiciens – et d’être inconnue – et donc de ne pas être associée à la mémoire de performances pré-existantes comme c’est généralement le cas des standards de jazz (Kane, 2024). L’intégralité des deux sessions a été enregistrée en audio et vidéo, nous permettant de documenter de manière exhaustive le processus de création, de la première lecture de la partition jusqu’à l’enregistrement d’une série de prises complètes, en passant par les moments de réécoute en régie. Deux entretiens de remise en situation réalisés le lendemain de la session d’enregistrement sont venus compléter le protocole. Notre présentation se concentrera plus particulièrement sur trois aspects : premièrement, le rôle matriciel joué par le temps de déchiffrage dans l’élaboration de l’interprétation (Donin, 2005) proposée par les musiciens ; deuxièmement, la manière dont logiques d’arrangement et logiques d’improvisation interagissent dans la construction du solo ; et troisièmement, la place à relativiser de l’optimisation – les prises étant davantage envisagées comme une diversité de possibles plus ou moins valides que comme les maillons d’une chaîne linéairement orientée vers la réalisation d’une version définitive.

intervenants

informations

Type
Ensemble de conférences, symposium, congrès
Lieu de représentation
Ircam, Salle Igor-Stravinsky (Paris)
date
3 octobre 2025

Approches génétiques de l’improvisation musicale : perspectives comparées

Cette journée d’études a pour but de développer et de mettre à l’épreuve les hypothèses et conclusions de deux articles programmatiques de Clément Canonne et Martin Guerpin. Ces articles proposaient une application/adaptation (et les adaptations nécessaires) de la critique génétique (également appelée génétique textuelle) à l’improvisation musicale. La démarche repose sur une hypothèse qui prend à rebours l’idée selon laquelle serait une création spontanée, purement singulière, sans passé ni avenir : certains improvisateurs en situation d’improviser plusieurs fois sur le même morceau, ou dans la même situation d’improvisation, rejettent ou réemploient des idées issues des performances précédentes. Performance après performance, se développe ainsi un projet improvisatoire, qui peut lui‑même évoluer au gré d’idées nouvelles survenue au cours du processus.

Les présentations de cette journée d’études partiront de ces articles programmatiques et permettront de les confronter et de les discuter à partir de cas d’études ou à de questions nouvelles. Quatre axes de développement seront envisagés : l’étude de l’évolution d’un projet improvisatoire selon une temporalité moyenne (celle d’une tournée de concert par exemple) ou longue (celle d’une période créatrice dans la carrière d’un.e musicien.ne; l’approche génétique de la dimension collective de la création improvisée ; la « positionnalité » de l’étude du processus (en quoi étudier ce processus de manière consciente à partir de sa propre pratique peut-il amener des résultats différents d’une observation extérieure menée à partir de sources historiques, ou à partir d’une approche ethnographique ?) l’élaboration d’une perspective comparatiste, par l’application de cette approche à des pratiques d’improvisation issues de la musique classique ou des musiques traditionnelles. L’hypothèse est ici qu’un discours sur l’Improvisation faisant abstraction des différentes situations dans lesquelles agissent les improvisateurs est presque fatalement réducteur, et/ou trop nuancé.

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