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saxophone, piano, percussionniste, guitare électrique
Musique pour le film de Peter Tscherkassky.
Rencontre avec la compositrice à propos de la pièce à lire sur le site de l’Ircam.
C’est d’abord l’univers de rêve/cauchemar du film qui m’a attirée, et l’entrecroisement entre rêve et réalité dans lequel le film nous perd. Auxquels s’ajoute la main du cinéaste qu’il met en scène en train de manipuler et couper la pellicule avec des ciseaux – comme s’il manipulait les rêves de la protagoniste du film. Il réalise en outre un véritable travail de superposition de différents « espaces » dans l’image. D’ailleurs, la théorie freudienne sur l’interprétation des rêves (évoquée par Peter Tscherkassky lui-même au sujet de Dream Work) m’a servi dans l’analyse du film que j’ai faite avant de me lancer dans la composition proprement dite : notamment pour toutes ces questions de condensation de couches filmiques et d’éléments qui peuvent recouvrir plusieurs pensées latentes, comme on en fait l’expérience dans l’élaboration des rêves. De même, les concepts freudiens de condensation et de déplacement ont en partie inspiré le traitement du matériau.
Dans un premier temps j’ai travaillé sur la densité des événements, l’empilement des couches, et puis avec les textures de Dream Work… Peter introduit dans son travail des éléments extérieurs au film originel, dans un hommage à Man Ray : des punaises, des aiguilles, du sel… Jetés sur la pellicule manipulée, ces objets produisent toute sorte d’images abstraites. Toute cette matière m’a séduite et j’ai d’abord pensé pouvoir établir des correspondances entre ces textures et mon travail du son, et aussi, par moments, contredire l’image ou lui proposer un contrepoint.
Très vite, toutefois, cette approche première s’est élargie, et le travail des textures et matières a évolué vers un travail sur la forme, notamment au moyen d’une analyse des principaux tropismes du film, comme la dualité désir/violence par exemple, avec une catégorisation des univers, ambiances et gestes récurrents à l’écran. Ainsi de cette fenêtre devant laquelle pend l’anneau d’un store occultant, de ces visages et objets, ou de tous ces gestes de main qu’on voit à l’écran et qui m’ont donné des idées de gestes instrumentaux, pour leur répondre, soit immédiatement, soit en décalé. J’utilise aussi de petits extraits de la bande-son produite par les manipulations de Peter sur la pellicule : en effet, dans le cas des bobines de film classiques, les pistes sonores sont inscrites directement sur la pellicule, en marge de l’image : en découpant et remontant cette pellicule, une nouvelle bande-son prend forme, très bruitée.
Tout cela m’a permis d’élaborer une forme, en relation d’abord à la directionnalité des images, jusqu’à ménager un climax. Après quoi, le film continue d’être très dense et agité, mais la musique diverge vers un autre chemin.
Cette fiche œuvre a valeur encyclopédique, elle ne reflète pas les collections de la médiathèque de l'Ircam. Veuillez vous référer aux fiches "partitions".
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