Le concerto pour violon de Stefano Gervasoni s'intitule « Tacet », mais le violon joue pratiquement tout le temps. Pour une raison que j'ignore, j'ai eu l'idée, en tant qu'interprète, d'agrémenter cette pièce d'une cadence de mon cru, dans la bonne vieille tradition, car il n'y en avait pas encore lors de la création. Entre-temps, Stefano a écrit une merveilleuse cadence – c’est pourquoi la mienne sera probablement jouée plutôt comme un bis à part.
J’ai beaucoup réfléchi au « Tacet », à l’idée de faire taire l’instrument. Cet état m’a conduit à un arrêt total, comme dans la Chambre sourde de l’IRCAM. On commence à entendre son propre sang couler. Mais j’ai soudain entendu d’autres choses : tout ce qui tourbillonne dans la tête d’un musicien, et j’ai voulu faire résonner cela dans la salle. Toutes ces voix fantomatiques, ces fragments de souvenirs, jusqu’à l’absurde – quand on se tait vraiment, des choses étranges remontent à la surface. Nous avons travaillé là-dessus avec Serge Lemouton à l’Ircam – et il a remarqué par hasard que la pièce dure 3 min 33 s au total – une belle coïncidence et un parallèle avec la pièce tout aussi silencieuse de John Cage, « 4’33 ».
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